Le parti pris de Loisirs Pluriel, cette fédération d'associations qui s'est donné les moyens de ses ambitions, est-il transposable? est-il imaginable que chez les Scouts et Guides de France, des chefs et cheftaines de bonne volonté mettent en place un accueil similaire?
Quand j'étais responsable du service Arc en Ciel, j'ai pu constater à quel point nous étions capables de susciter des vocations à l'accueil des jeunes handicapés:
Dans beaucoup d'unités il y a un ou deux enfants qui ont des déficiences plus ou moins importantes. Ce sont souvent des déficiences assez légères, et les choses se passent habituellement sans difficulté majeure . Les maîtrises seraient sans doute surprises si on leur disait qu'elles accueillent un enfant "handicapé".
Dans quelques groupes locaux existent aussi ce qu'on appelle des unités "spécialisées" ou "spécifiques" (ces unités prennent aussi parfois le nom d' unités "Arc en ciel" ou d' unité ou d'équipe "adaptée" ): ce sont des unités de taille plus ou moins importante qui accueillent des jeunes handicapés mentaux entre eux; des temps de rencontre avec les autres unités du groupe sont prévues de temps en temps, mais ce sont les activités entre jeunes handicapés qui prédominent. Les responsables de ces unités sont généralement des militants aux convictions fortement affirmées...
En revanche, personne n'a à ce jour tenté vraiment l'aventure du scoutisme pluriel : c'est à dire faire le choix, localement, de faire vivre ensemble du scoutisme ou du guidisme à plusieurs jeunes handicapés et à plusieurs jeunes valides...en nombre à peu près équivalent dans la même unité.
Rien ne s'y oppose sur le plan de nos principes ni sur le plan légal.
En cette veille de nouvelle année, je pense de plus en plus que ce serait une piste très riche à explorer par ceux de nos responsables qui sont les plus militants d'un scoutisme ouvert à tous: "Handicapés ou non, ils peuvent jouer ensemble".
Un principe proche de celui des Scouts et Guides de France : "Valides ou non, ils jouent ensemble".
Toutefois la mise en avant des valides ou des handicapés n'accorde pas la priorité aux mêmes personnes... dans le deuxième cas les personnes déficientes ou maldes chroniques doivent faire l'effort de s'intégrer, car l'organisation est avant tout pensée pour des valides.
Laurent Thomas disait en 1999 dans son livre: "Au sein des Scouts de France, l'ambition affichée au début des années 90 n'a pas vraiment été suivie d'effet, par manque de moyens et de réelle volonté politique de l'ensemble de l'association" (page 54).
Comme les autres structures de loisirs ou de vacances qui pourtant se disent ouvertes aux enfants handicapés, nous les oublions souvent, car les barrières pour accueillir sont nombreuses.
Laurent Thomas en cite au moins trois(page 58) : la mauvaise accessibilité des locaux, le problème de l'encadrement, et la question des activités, à adapter en priorité aux valides ou aux handicapés?
Pour lever ces barrières, Loisirs Pluriel propose quatre solutions (pages 59 et suivantes) :
- Qualité de l'encadrement: jeune, non spécialisé, mais nombreux (un animateur pour deux à trois enfants); formation interne et régulation du fonctionnement des équipes d'encadrement.
- Taille et fonctionnement des groupes: au maximum 20 enfants, en proportions à peu près égales entre enfants valides et handicapés, "le fait qu'il y ait des enfants différents est normal" et les enfants handicapés sont accueillis par principe" (même s'il y a des critères...)
- Adaptation des activités: au niveau du matériel, des règles, de l'imaginaire, de l'environnement..."nous insistons sur l'accès au plaisir du jeu plutôt que sur sa réalisation".
- Des critères d'accueil identiques pour tous: la capacité et le désir de particper aux activités proposées, et la capacité à vivre en groupe dans de bonnes conditions.
Il n'y a rien dans ces conditions qui soit impossible à mettre en oeuvre au sein d'un groupe local Scouts et Guides de France.
Sauf peut-être une évolution des mentalités...
Dans un prochain article nous essaierons d'avancer sur cette piste un peu nouvelle du "scoutisme pluriel".
Telle est maître mot de cette association créée à Rennes en 1992.
L'un des fondateurs de Loisirs Pluriels s'appelle Laurent Thomas.
Il fut pendant quelques années animateur national Arc en ciel chez les Scouts de France.
Dans un livre "Handicapés ou non, ils jouent ensemble", que vous trouverez à la Boutique et dont je conseille vivement la lecture, il revient sur les difficultés rencontrées lors de sa mission avec Arc en ciel , alors qu'il avait déjà une certaine expérience de l'action avec des personnes handicapées.
Il se retrouvait "dans la situation de celui qui doit convaincre, qui doit répondre aux peurs et aux appréhensions des autres...les réactions sont souvent vives.
Beaucoup voient dans ce projet une idée bien généreuse mais surtout bien difficile à mettre en oeuvre: les activités scoutes ne sont pas adaptées, les camps se font sous tente, les lieux de vie ne sont pas étudiés pour accueillir un enfant en fauteuil, l'encadrement est insuffisant.
Déjà, les groupes ont beaucoup de mal à recruter des animateurs bénévoles, alors si l'on doit se consacrer à l'accueil d'enfants handicapés, cela rajoute une difficulté...et puis il faut leur donner une formation... et surtout, la décision d'accueil ne peut se faire sans l'accord des familles et des enfants du groupe déjà constitué...
Moi-même, je me sentais bien désarmé pour répondre à toutes ces réticences. "
Après un bref passage par l'APF, il se décide à lancer sa propre association pour avoir un outil plus adapté à la mise en oeuvre de ses idées:
" Proposer un espace de vie sociale ordinaire ouvert simultanément aux enfants handicapés et valides. La notion d'intégration n'est jamais évoquée, puisque l'espace de vie est conçu a priori pour des enfants présentant une déficience motrice ou mentale et pour des enfants valides" .
En 2005 Loisirs Pluriel est devenue une fédération de 8 associations locales, située dans 8 villes différentes.
Elle est dans une logique de développement national à travers l'opération "Loisirs pour tous", qu'elle mène avec l'appui de la Fondation de France.
Si vous voulez en savoir plus, allez voir leur site.
Ce qui me plaît dans cette opération, c'est la capacité à mettre en pleine lumière des personnes trop souvent ignorées et isolées parce qu'elles ont une maladie qui fait peur, la myopathie.
C'est aussi la capacité à mobiliser à la fois toutes les ressources médiatiques d'une grande chaîne et à fédérer en même temps cette multitude d'initiatives locales à travers tout le pays.
L'AFM précise sur son site les réalisations que permettent les dons faits au Téléthon:
" l’AFM a mis en œuvre, depuis 18 ans, une stratégie originale consacrée aux problèmes communs à l'ensemble des maladies rares :
- Le développement d’outils de recherche en génétique pour comprendre l’origine des maladies et mettre au point des thérapeutiques, notamment avec la création de Généthon, la réalisation des premières cartes du génome et la découverte, grâce à ces outils, des gènes responsables de plus de 700 maladies. Du côté de la recherche, il est nécessaire d’atteindre une masse critique de connaissances, seule capable de générer un progrès pour l’homme.
- Des actions d’intérêt général pour favoriser, la prise en charge, l’autonomie et la citoyenneté des personnes malades et handicapées...
- Une démarche globale pour faire connaître la problématique des maladies rares, susciter une prise de conscience et faire évoluer le système de santé.
Aujourd’hui, un mouvement associatif s’organise et monte en puissance, notamment au sein de l’Alliance Maladies Rares et d’Eurordis. Et de nouvelles synergies se développent au sein de la Plateforme Maladies Rares. "
L'apport à la recherche en génétique est bien connu. Les actions en faveur des malades un peu moins, et pourtant... je suis médecin généraliste et il se trouve que je suis depuis plusieurs années deux frères atteints de la myopathie de Duchenne (la plus fréquente des myopathies).
L'appui de l'AFM a été prépondérant pour débloquer certaines situations sociales, les aider pour les fauteuils, les mettre en relation avec d'autres...C'est une action moins connue mais très structurée et qui mérite un grand coup de chapeau.

Séminaire des Scouts et Guides de Mauritanie - ONUSIDA mai 2004.
Ce premier décembre a eu lieu comme chaque année la Journée mondiale contre le SIDA.
Retour sur quelques chiffres entendus à cette occasion:
On estime que 40 millions de personnes vivent avec le virus du sida, qui a fait plus de 25 millions de victimes dans le monde depuis son identification en 1981.
Comme le souligne ONUSIDA, "c'est l’une des épidémies les plus dévastatrices de l’histoire ».
L'inde est actuellement le pays qui compte le plus de séropositifs: 5,1 millions, mais l’Afrique du Sud en compte 5 millions et le Nigéria 3.6 millions. L’Afrique noire ne représente que 10% de la population mondiale, mais elle concentre 60% des personnes atteintes .
En France, 7000 nouveaux cas de séropositivité ont été détectés en 2004, et la situation semble se dégrader. 4000 nouveaux cas avaient été détectés en 2000.
On parlait beaucoup plus du SIDA en France il y a 10 ou 15 ans, mais depuis les trithérapies ont été inventées : des traitements très coûteux et très lourds au quotidiens, mais qui ont considérablement amélioré le pronostic de la maladie...
Ces traitements ont aussi bouleversé la perception du SIDA dans la population : d'une catastrophe mondiale annoncée, on est passé à la perception d'une maladie chronique "presque" comme les autres.
Le SIDA est devenu une maladie des pays pauvres.
La vigilance s'est relâchée, et l'internationalisation aidant, c'est un peu comme si l'on redécouvrait que nous ne sommes pas à l'abri...
Les scouts peuvent-ils agir, et doivent-ils le faire? deux remarques :
- Nous sommes d'abord un mouvement éducatif, c'est notre spécificité. Nous ne sommes pas un mouvement de prévention contre tel ou tel fléau. Mais notre spécificité de mouvement éducatif nous impose précisément d'avoir une parole dans le domaine de la sexualité et du développement affectif.
- Nous sommes aussi, et dans une grande mesure, un mouvement de jeunes, probablement le plus nombreux en France à l'heure actuelle.
Ce qui nous donne des responsabilités.
Les pionniers/caravelles et les compagnons/JEM doivent être encouragés à adopter des comportements individuels responsables, et également à mener des projets dans le domaine de la prévention du SIDA.
De nombreuses associations scoutes et guides dans le monde s'honorent en développant des programmes éducatifs qui intègrent pleinement l'éducation sexuelle et affective des enfants et des jeunes.
Pourquoi serait-ce réservé aux pays du Sud?