Que peut nous apporter, à nous, Scouts et Guides de France, une collaboration avec Fil Santé Jeunes? c'était la question que je posais ici avant l'endormissement estival du blog et qu'en toute logique je reprends à présent.
Dans la table ronde des Rencontres nationales de mai, Marie-Catherine Schick, la coordinatrice du Fil Santé Jeunes nous a carrément proposé un partenariat: Fil Santé jeunes peut sans difficulté être pour nous un interlocuteur. En effet Fil Santé Jeunes peut être appelé anonymement par tout jeune entre 12 et 25 ans, soit pour lui-même, soit parce qu'il se fait des soucis pour quelqu'un de son entourage.
En d'autres termes, par des scouts ou des guides, pionniers ou caravelles,compagnons ou JEM...mais aussi par des chefs qui se trouvent face à une difficulté imprévue avec un ou plusieurs jeunes, ou des collègues de leur maîtrise, ou d'autres jeunes de leur entourage. Et c'est vrai que certaines situations peuvent être difficiles à gérer par des jeunes chefs, qui ne trouvent pas obigatoirement dans leur entourage des interlocuteurs aptes à les écouter et à les conseiller.
Fil santé jeunes, nous l'avons vu, garantit anonymat,confidentialité et professionnalisme. Il me semblerait intéressant qu'on fasse un petit article à ce sujet dans les revues, en diffusant le numéro et en expliquant brièvement en quoi il peut être utile.
L'écoute...des problèmes et des questions des jeunes adolescents a semblé une question suffisamment importante pour motiver la mise en place de "Points Ecoute" au Jamboree 11-15 ans du mois passé. Ils reposaient sur les mêmes principesque ceux de Fil Santé Jeunes, mais ils ont eu peu de succès, au moins auprès des jeunes. Pourtant ce type de proposition avait bien marché dans des manifestations comme le FRAT, qui réunissait des jeunes du même âge membres des aumôneries d'Ile de France. En revanche, la même proposition faite sur l'espace chefs semble avoir eu davantage d'écho.
Nous y reviendrons plus longuement, car cette démarche intéressante mérite une analyse plus approfondie, mais j'ai tendance à penser que permettre aux maîtrises scoutes et guides de verbaliser leurs difficultés personnelles ou éducatives répond à un réel besoin.
Un premier article vous a présenté les grand principes de l'écoute mise en place par ce dispositif.
Aujourd'hui, je voudrais revenir sur les principales thématiques auxquelles renvoie "la santé des jeunes" à travers ce qu'ils expriment aux écoutants anonymes de Fil Santé Jeunes.
Comme le dit le document de synthèse remis aux participants à la table ronde, " les adolescents contactent Fil Santé Jeunes pour parler de leur santé. Sous ce terme, ils entendent corps, sexualité, intimité...la ligne s'affiche comme généraliste, aucun symptôme n'est mis en avant." C'est effectivement la différence avec d'autres dispositifs comme "Drogue Info service" par exemple...
Les différents thèmes abordés sont les suivants (données 2005) :
Sexualité et contraception (38% des appels) : « demain, c’est la première fois » (premier baiser, premier rapport sexuel) « j’ai oublié ma pilule » « j’ai eu une relation sexuelle non protégée »…
Les questions se posent sans pudeur du fait de l’anonymat : demandes d’informations sur la contraception, notamment la contraception d’urgence (demandes croissantes depuis qu’il existe des produits en vente libre) ; beaucoup de questions sur le préservatif,la grossesse, l’avortement... un sujet qui reste assez tabou entre les jeunes eux-mêmes.
Les appels des filles tournent à 58% autour des questions de contraception, les appels des garçons sont plus souvent en rapport avec la sexualité (54%) ; parfois, les appels se font à deux (contraception d’urgence notamment).
Difficultés relationnelles (23% des appels) : plus de la moitié des appels concerne la question des relations amoureuses. Pour beaucoup de 13-14 ans revient la question du « comment séduire ? », comment explorer de nouvelles relations sexuelles et affectives sans remettre en question l’affection familiale toujours indispensable…plus tard le registre est souvent plus douloureux,ce sont souvent des chagrins d’amour qui s’expriment.
Des situations de rupture à ne pas prendre à la légère à l’adolescence car elles peuvent avoir dans certains cas des conséquences graves. Les autres thèmes abordés concernent les relations avec les pairs, les parents, les frères et sœurs…ou les difficultés en lien avec l’école ou les premières expériences professionnelles.
Difficultés psychologiques (15% des appels) : ce sont ici des appels qui révèlent un mal-être ou des troubles du comportement qui peuvent s’avérer graves : l’envie de rien, la dépréciation, l’incapacité à se concentrer, les alcoolisations ou la consommation individuelle de cannabis, les fugues, les troubles des conduites alimentaires, la dépression, les tentatives de suicide…
Parmi ces appels,31% expriment un mal être, une dépressivité , et 19% des angoisses suffisamment intenses pour perturber la vie quotidienne.
Les appels portant sur les troubles du comportement alimentaire ou sur l’image du corps concernent essentiellement les filles, la consommation de produits ou l’identité sexuelle davantage les garçons.
3% des appels sont en relation avec des violences subies.
Problèmes somatiques (19 % des appels) : ce sont des demandes d’information dans la moitié des cas (ou de confirmation de ce qu’ils ont entendu dans les médias ou de ce qu’on leur a dit dans une consultation médicale). S’y exprime la peur du cancer, la crainte par rapport au SIDA et aux MST, et différentes plaintes somatiques : rien ne marche pour mes boutons, j’ai mal à la tête tous les jours… L’écoutant oriente le plus souvent le jeune vers un médecin, rappelle que seule une consultation de face à face peut permettre un diagnostic et une prescription, et encourage le dialogue avec les parents.
Problèmes d’ordre social (5%) : ce sont surtout des demandes d’information ou d’orientation (problèmes de travail, de logement, couverture sociale…)
Ce que je trouve particulièrement révélateur, c'est l'importance des appels en rapport à la sexualité et aux relations amoureuses : en recoupant les données présentées ici, c'est à peu près 50% des appels. Sur le forum Internet, c'est encore plus. Et bon an mal an, dans toutes les statistiques faites par Fil Santé Jeunes, on arrive aux mêmes résultats. C'est d'autant plus significatif que l'expression des adolescents est ici directe, volontaire, dans un anonymat qui favorise la confidence.
A l'heure où les Scouts et Guides de France travaillent dans le cadre de leur rénovation pédagogique à donner du contenu à un nouveau domaine de développement, le développement affectif, ce constat n'est pas sans intérêt...l'affectivité est clairement mise en relation avec la santé par les jeunes eux-mêmes,et cantonner l'éducation à la santé aux seules problématiques du développement physique serait un non sens.
Que peut nous apporter, à nous, Scouts et Guides de France, une collaboration avec Fil Santé Jeunes? c'est la question à laquelle j'essayerai de répondre dans un prochain article.
Trois tables rondes, l'une sur les enjeux éducatifs représentés par la santé des jeunes en 2006, une autre sur la santé en camp, une troisième sur les consommation d'alcool, de tabac et de cannabis.
Les débats ont été riches et animés. Ils vont nourrir les articles du blog dans les prochaines semaines.
Aujourd'hui coup de projecteur sur le dispositif Fil Santé Jeunes. La coordinatrice de Fil Santé Jeunes, Marie-Catherine SCHICK, a participé à l'un des débats.
Qu'est-ce que Fil Santé Jeunes ? un dispositif public à la disposition des jeunes, créé à l'initiative de l'Ecole des Parents et Educateurs d' Ile de France, qui a reçu en 1995 une double mission :
- Proposer aux jeunes écoute, information et orientation dans le domaine de leur santé, à travers une plateforme téléphonique (0800 235 236) et un site Internet .
- Etre un observatoire national des difficultés des jeunes en matière de santé.
L'approche de Fil Santé jeunes est intéressante car elle s'appuie sur un contact direct avec des jeunes qui ont pris eux-même l'initiative d'appeler.
Quelques chiffres pour fixer les idées :
- Fil Santé Jeunes est ouvert tous les jours y compris les dimanches et jours fériés de 8 heures à minuit.
- En 2005, Fil Santé Jeunes, c'est 900 appels par jour.
Sur ces 900 appels, plus de 30% ont donné lieu à un entretien d'écoute et de soutien. Comme sur toutes les plateformes téléphoniques le nombre d'appels muets est important (29%), le nombre de plaisanteries ou d'injures aussi ( 40%). Mais l'équipe de Fil santé jeunes considère ces appels comme un premier contact, une première étape vers un entretien plus élaboré qui a parfois lieu d'ailleurs dans les minutes qui suivent : "tout à l'heure, c'était nous, mais maintenant, on est sérieux..."
Le site Internet, lancé en 2001, reçoit plus de 700 visites par jour (pour 6000 pages consultées) .
- Fil Santé Jeunes, c'est 35 écoutants spécialement formés à leur mission, professionnels de santé qui y travaillent une partie de leur temps. C'est en tout 18 équivalents temps plein hors encadrement administratif et clinique.
- Ce sont surtout les filles qui appellent: 77%. (âge moyen des filles 16 ans, des garçons 18 ans).Plus de 80% des appelants sont scolarisés.
Les grands principes de l'approche de Fil Santé Jeunes sont les suivants:
- Ecoute : l'écoute est attentive, empathique, mais elle n'est en aucun cas une thérapie. Elle ouvre vers d'autres, invite à entreprendre, envoie vers des interlocuteurs de proximité. l'écoute a un cadre, des limites, une durée limitée qui évite de s'embarquer dans de longs discours qui ne conduisent nulle part.
- Anonymat : condition indispensable pour ne pas se dévoiler, et parler de soi librement sans être vraiment soi, en jouant éventuellement avec son identité, et libéré de son apparence physique . Il permet de franchir "la barrière de la parole".
- Non suivi : la virtualité même du contact téléphonique, si elle permet d'échanger rapidement des propos très personnels et très impliquants,porte en elle ses limites. Il est dangereux de faire croire à l'appelant qu'une relation suivie peut s'instaurer avec une personne idéale rencontrée au bout d'un fil. Si nécessaire, Fil Santé Jeunes oriente vers d'autres, mais ne propose qu'exceptionnellement un réappel.
- Procédures d'urgence : dans certains cas, une levée de l'anonymat est explicitement prévue. Ce sont les cas d'urgences médicales, les tentatives de suicide agies et en cours, les situations de maltraitance ou de mise en danger imminentes. Ce sont des situations rares et qui relèvent de l'assistance à personne en danger.
Dans un prochain article, j'aborderai la question des thématiques prises en charge par Fil Santé Jeunes, et les domaines dans lesquels une collaboration des Scouts et Guides de France est possible avec eux.
Ce sera un événement : plus de 5000 jeunes adultes, responsables ou membres de la branche aînée, rassemblés pour poser les bases d'un nouveau mouvement. Un mouvement qui est déjà le plus important mouvement d'éducation populaire en France à l'heure actuelle.
Pour ceux de nos visiteurs qui souhaiteraient en savoir plus, et même suivre le déroulement du rassemblement en direct, un site spécifique a été créé pour relayer l'événement.
Pour ce qui concerne la santé, trois tables rondes auront lieu sur ce thème le dimanche 7 mai:
Santé des jeunes : enjeux actuels, réponses du scoutisme.
une réflexion pour construire ensemble de nouvelles réponses éducatives, avec Marie-Catherine SCHICK, coordinatrice du Fil Santé Jeunes.
La santé en camp : constats, perspectives.
A partir de l’enquête faite par Laurence BARDY pour sa thèse de médecine, quelques pistes pour mieux prendre en compte la santé de chacun pendant les camps d’été.
Laurence Bardy a mené au cours de l'été 2005 une enquête auprès de 206 camps scouts sur les diffrents types de soins mises en oeuvre dans les camps.
Alcool, tabac, cannabis : vers une parole de Mouvement .
Des consommations qui interpellent, un positionnement difficile à trouver. une réflexion pour construire ensemble de nouvelles réponses éducatives, avec François CORDIER , prêtre et médecin dans un Centre Spécialisé de Soins pour Toxicomanes (CSST).
François CORDIER a exercé pendant une période des responsabilités au sein du service international des Scouts de France, et il est actuellement aumônier d'un groupe Mosaïque.
Celui qui avait révélé l'affaire sur le site de LaToileScoute, chef pionnier bourguignon de son état, s'est plaint ici même que son nom n'ait pas été cité:
"Hep!!!! Je suis pas cité en auteur de ce message..... moi qui ai toujours rêvé de cybercélébrité."
Certes, mais ignorant tout sur l'identité de cette personne, qui sur LaToileScoute se fait appeler Chiot As., et qui signe aussi "Chiot piscicole", j'avais préféré m'abstenir . Peut-être s'agit il d'un adepte de la nage sportive dans les étangs de la Dombes...
Quoi qu'il en soit, le susnommé Chiot As. vient de récidiver sur LaToileScoute, où il raconte la suite, que je vous livre brut de décoffrage :
" Ca y est, j'ai le compte rendu du Déléter.
Le prefet de Saône-et-Loire l'a écouté attentivement. Il a écouté la gendarmerie. Il a écouté la radio et les éleveurs de volailles. Il a écouté sa femme et le cuisinier de la sous-préfecture aux champs.
A l'issue de cette entrevue, il a été décidé de saisir les cuisses de poulet mais de ne pas appliquer la saisie pour permettre aux pionniers de manger tout de même (3 jours après, ils avaient les crocs).
Du coup, le Déleter a décidé de maintenir son courrier au ministre de l'Agriculture mais de ne pas l'envoyer pour que les pionniers puissent organiser leur prochain week-end mais ne pas y aller et libérer ainsi leur chef pour qu'il puisse se marier ce week-end-là mais ne pas consommer.
Il pourra ainsi mettre sa chemise dans le pantalon puisque ledit chiot chef est naturiste mais pas pratiquant.
Le 15 avril, à l'occasion de la vigile pascale, tous les chefs pionniers du territoire sont invités à se réunir pour essayer de comprendre les décisions du Déléter.
Jacques Chiot. "
Je décline toute responsabilité quant à la teneur de ces propos: laissons à Chiot As. ce qui appartient à Chiot As.
PS. Pour les non initiés,le terme "Déléter" veut dire "délégué territorial". C'est un peu le "responsable départemental" de l'association.